Dix principes de conception de formations MOOC

Je présente ici dix (10) principes de conception de formations MOOC du point de vue de l’apprenant tiré de Guardia et als.(2013). Il s’agit ici d’une traduction adaptée d’un article anglais qui présente le résultat d’une étude sur les recommandations d’apprenants dans ce contexte de formation ouverte en ligne ayant un grand nombre d’apprenants, le MOOC.

  1. Une approche de développement axé sur les compétences
    ou Competence-Based Design Approach (CBDA).

Le CBDA se concentre sur les résultats de l’apprentissage et aborde ce que les apprenants sont censés faire plutôt que sur ce qu’ils sont censés apprendre (Richards et Rodgers, 2001). Les élèves ont besoin d’apprendre d’une manière qui leur permet de développer leur capacité à résoudre des situations qui sont couramment rencontrées dans la vie quotidienne. Ceci est réalisé efficacement en incluant la variation contextuelle, situant l’apprentissage dans le cadre de l’expérience d’apprentissage, par des simulations, l’apprentissage par problèmes, par cas, et par projet. Grâce à ce genre d’activités d’apprentissage, les apprenants développent des compétences plutôt que de lire passivement une grande quantité de documents ou de regarder et d’écouter des vidéoconférences traditionnelles, suivis de test qui évalue leur compréhension de ce matériel. Les contenus traditionnels devraient être utilisés comme une ressource complémentaire. L’objectif de la CBDA est axé sur l’apprentissage actif plutôt qu’orienté sur le contenu.

  1. La responsabilisation des apprenants (Learner empowerment).

Conserver l’attention des apprenants en ligne est beaucoup plus exigeant qu’en présentiel. Ce qui fonctionne sur un campus peut, au mieux, difficilement être reproduit en. L’approche pédagogique régressive (Siemens, 2013) est abondante dans les MOOCs qui mettent l’accent sur une approche centrée sur l’enseignant difficile à transposer dans des environnements d’apprentissage en ligne. Des cours magistraux enregistrés de longue durée sous-estiment le potentiel des technologies et inhibent l’interaction. La technologie vidéo pourrait être utilisée pour augmenter les possibilités de communication et encourager les apprenants à s’exprimer. La conception de MOOC devrait privilégier une approche centrée sur l’apprenant, en utilisant des stratégies qui changent la perception des apprenants pour en faire des participants actifs dans la mise en place d’objectifs individuels et d’une trajectoire personnelle. L’autorégulation, l’autoformation et l’auto-évaluation avec le soutien des pairs et la formation des groupes d’intérêt permettront de promouvoir la responsabilisation et l’engagement des apprenants.

  1. Des plans et des orientations d’apprentissage claires.

La planification est essentielle dans un MOOC. Comme l’hétérogénéité des élèves est élevée, leur niveau de maturité et d’expérience est tout aussi varié. Dès le début de leur formation, il est nécessaire de fournir aux apprenants un plan d’étude accompagné de modèles détaillés pour le développement d’activités. Il faut clarifier les jalons et livrables, en leur fournissant un calendrier détaillé avec des tâches, des objectifs et des délais. Il faut utiliser un agenda (calendrier) convivial facile à intégrer à l’agenda électronique de l’étudiant, en lui fournissant un rythme suggéré pour l’apprentissage, c’est-à-dire une description détaillée des tâches et sous-tâches et leur durée estimée. Proposer des indices sur la façon de faire face aux imprévus et planifier les contingences (assistance par les pairs, la révision des objectifs personnels et des attentes, la révision de la planification personnelle et agenda). Il est important de fournir les critères d’évaluation et d’éviter de se fier exclusivement à des tests à choix multiples.

  1. L’apprentissage collaboratif.

Un MOOC devrait être conçu pour favoriser l’apprentissage collaboratif, y compris par la réalisation d’activités en équipe et l’utilisation de forums de discussion. Il devrait permettre l’ajout d’espaces d’échanges pour et par les étudiants. L’enseignant doit fournir des règles de nétiquettes claires pour la participation aux forums de discussion et aux autres activités collaborative. Il faut établir des règles et des paramètres sur la qualité et l’extension de la production de cours et les interventions. Le MOOC doit favoriser cette approche collaborative par la conception et la promotion d’activités et de tâches dans laquelle la collaboration est essentielle ou une valeur ajoutée.

  1. Le réseautage social.

Les aspects sociaux ne doivent pas être négligés. Ils sont à la source de la création de groupes et de l’établissement d’une coopération durable entre pairs. Il faut mettre en place un espace pour favoriser les interactions sociales et les contacts fréquents entre les apprenants. Afin de promouvoir un effet d’entraînement favorisant le partage des travaux avec d’autres apprenants et afin de faciliter l’échange, il est proposé de créer des mots-clefs (hashtag) qui pourront être utilisés dans un cours sur réseaux sociaux comme Twitter et des sites de partages de liens comme Diigo . Il faut fournir des conseils aux apprenants sur des outils et des stratégies sociales d’ouverture qui les aident à créer leur propre environnement d’apprentissage personnel (EAP) en utilisant des agrégateurs de contenu, mashups, blogues personnels et communautés d’apprentissage, afin de maintenir un lien permanent avec son réseau social.

  1. Le soutien par les pairs.

La notion de paragogie (paragogy) se rapporte à la production d’environnements d’apprentissages par les pairs (Corneli et Danoff , 2011), y compris la co-création d’espaces de dialogue et de soutien ad hoc par les pairs. La conception de MOOC devrait inclure une mention explicite de la valeur de l’aide apportée par les pairs grâce à des commentaires et l’évaluation sociale. Il devrait fournir des indications sur « combien » l’élève doit lire les contributions des autres et leur donner une stratégie de filtrage de l’information produite à la fois individuellement et automatiquement. Il devrait promulguer des conseils utiles sur la façon de mieux présenter aux autres l’information produite, en utilisant par exemple, des titres descriptifs qui aident à orienter les autres participants à déterminer ce qu’ils veulent lire.

  1. Les critères de qualité pour la création de connaissances.

La notion de contenu généré par les apprenants (Perez- Mateo, Maina , Guitert , et Romero, 2011) est associée aux productions des apprenants dans le Web 2.0 et les environnements en réseau . Il est nécessaire de valoriser les points de vue personnels éclairés sur des sujets et la façon dont ils contribuent à la construction des connaissances. Il faut apprécier le contenu original, en fournissant des critères de qualité pour le développement et le choix de contenu. Il faut différencier les tâches  remue-méninges (brainstorming) et exploratoires des activités finales. Il faut en promouvoir la pensée critique en posant les bonnes questions et pas seulement en essayant de trouver des réponses.

  1. Les groupes d’intérêt.

Il faut offrir des opportunités de discuter et d’échanger en petits groupes. Ceci peut être réalisé en créant de petits groupes de discussion sur un sujet ciblé. Donner des conseils sur la façon de mieux organiser les groupes et sous-groupes en fonction de leur intérêt. Le phénomène de participation massive d’apprenant dans un MOOC permet la formation de sous-groupes basés sur des intérêts convergents ou des appariements culturels, géographiques, linguistiques ou de quelque autre attribut qui rapproche les individus (Siemens, 2013). Une fois qu’un groupe ou sous-groupe est formé, chaque membre devrait se voir attribuer un rôle. Pour favoriser la création de groupe et la cohésion, il faut mettre en place un environnement d’apprentissage social et de promouvoir des présentations plus en profondeur. Cela pourrait aider à préserver la motivation des apprenants, de leur éviter de perdre intérêt et d’abandonner la formation.

  1. L’évaluation et la rétroaction par les pairs.

L’élaboration de critères précis et objectifs pour l’auto-évaluation et l »évaluation par les pairs servira à favoriser un climat de confiance. La conception des grilles, des échelles et des réponses automatiques explicatives sont des outils de soutien pour l’apprenant. En outre, if faut donner des indices sur la façon de recueillir et de structurer des preuves d’apprentissage et de rendre des comptes des trajectoires d’apprentissage. Il faut proposer l’utilisation des applications de blogue ou ePortfolio pour la collecte et le partage des résultats d’apprentissage et des réflexions des apprenants.

  1. L’apprentissage augmenté par les technologies média.

L’utilisation appropriée des médias est le résultat de décisions éclairées sur les capacités (affordances) technologiques (Laurillard , 2002). Il faut offrir aux apprenants une variété de média riche pour capter leur attention et de rétention. Dans une autre direction, en vue d’améliorer la qualité des productions des apprenants et soutenir leur engagement, il faut leur donner des conseils sur la façon de déterminer les meilleurs choix de médias en fonction de leurs intentions. Il faut confronter les apprenants à l’abondance d’applications et encourager l’exploration de nouveaux outils qui prennent en charge un contenu interactif riche et hautement audiovisuel.

Source :

Guardia, L., Maina, M., Sangra, A. (2013) MOOC Design Principles. A Pedagogical Approach from the Learner’s Perspective, eLearning papers, no 33, may 2013, http://elearningpapers.eu/en/elearning_papers, consulté en ligne le 11 septembre 2013