La création d’un CLOM dans un établissement d’enseignement au Québec

Publication initiale: November 14, 2013 3:14 pm ,
par Marc-André Léger

Avec 20 millions d’apprenants dans 203 pays, les cours en ligne ouvert et massif, ou CLOM, sont très populaires actuellement. Il attirent beaucoup d’intérêts de la part des établissements d’enseignement postsecondaire et aussi des fonds de capital de risque. Entre autres, des établissements d’enseignement du Québec, tels que HEC Montréal se lancent dans cette aventure avec le projet EduLib. Bien au-delà d’une mode ou d’un outil de marketing pour les universités, je pense que ceux-ci représentent l’avenir de la formation à distance. Les jeunes étudiants québécois, issus d’une génération complètement branchée aux réseaux de télécommunications, aux réseaux sociaux et à leur réseau humain sont habitués à évoluer dans un environnement ouvert et collaboratif. Ainsi, ce modèle d’apprentissage leur est, selon moi, particulièrement bien adapté. Mais il est trop tôt pour savoir si j’ai raison ou si ce n’est vraiment qu’une mode. Pour ceux qui souhaitent se lancer, cet article de mon blogue fait une brève revue de la question et présente un aperçu de ce qu’il faut à un établissement pour se lancer.

Qu’est-ce qu’un CLOM

CLOM est l’acronyme français de cours en ligne ouvert et massif. Il s’agit du la traduction recommandée comme traduction de l’acronyme MOOC (massive open online course). Le CLOM constitue un type de formation ouverte et à distance (FOAD) qui vise à enseigner des compétences à un large groupe d’apprenants.

L’ouverture de la FOAD, dans un contexte de formation postsecondaire, réfère à la flexibilité d’accès aux ressources pédagogiques, de temps, de lieux où se réalisent la formation et des moyens mis en œuvre (Saleh et Bouyahi(2004), cité dans Kim(2008)). Cette notion d’ouverture dans le contenu et les modalités diffère du concept d’université ouverte de l’université ouverte britannique (Open University), de celle d’Université populaire, telle que proposée par Michel Onfray en France (http://upc.michelonfray.fr/) ou de ce que j’ai mis en place dans Hochelaga-Maisonneuve, au Québec (http://www.upopulaire.ca). Une université populaire ne demande pas de préalables ni de diplômes initiaux (Blandin, 2004) est est ouverte à tous. Karsenti(20013) positionne plutôt le CLOM universitaire dans la suite logique des formations à distance offertes, entre autres par la TELUQ au Québec, en profitant des avancées des technologies des dernières années et de l’accessibilité de l’internet.

Karsenti(20013) présente les principales différences entre les cMOOC (connectivites) et les xMOOC (traditionalistes). En gros, les cMOOCs intègrent des approches de pédagogie en ligne telles qu’elles sont enseignées aujourd’hui dans les Facultés d’éducation. Les xMOOC c’est plus comme des cours classiques, mais mis en ligne. Il reste que dans le cMOOC c’est aussi difficile qu’en classe que de faire participer les étudiants au-delà de ce qui reste le minimum requis. Il y a des variances dans les individus (comme dans ce cours) et selon la disponibilité à cause des nombreuses obligations professionnelles des apprenants en ligne. Pour résumer, un cMOOC, c’est semblable aux cours en ligne offerts actuellement, mais avec de 1000 à 300000 étudiants. Alors le c de cMOOC est un peu un oxymore.

Le gros problème dans le MOOC reste l’évaluation. On ne peut sérieusement faire que du choix multiple et penser que c’est très probant, il y a des avenues intéressantes avec l’évaluation par les paires) et l’interaction entre l’apprenant et l’enseignant. Mon expérience personnelle m’a appris que c’est déjà difficile de faire l’évaluation dans des groupes de 300 étudiants en ligne, imaginez avec 300 000. Mais cette problématique devra faire l’objet d’un futur article.

Les contenus

Les contenus des cours sont assez variables, des pages web statiques organisés en modules (Web), des PowerPoint commenté (PPC), des vidéoconférences (VC), des cours en présentiel (Face-to-Face ou F2F) filmé mis en ligne et des combinaisons de tous ces modes. Les meilleurs sont sur le modèle du Khan Academy, c’est-à-dire de véritables cours conçus pour un environnement eLearning de masse. Le Khan Academy étant probablement ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle en formation en ligne sur internet. Didacti propose une approche québécoise de FOAD qui se rapproche à celle du Khan Academy.

La préparation de CLOM

Le CLOM requiert un système de gestion des étudiants, le Learning Management System (LMS) et un système de gestion des contenus, le Learning Contents Management System (LCMS). Ces systèmes d’information peuvent être mis en place en ayant recours à des progiciels payants ou gratuits (Google course builder), des logiciels libres (Moodle, OpenMOOC, WordPress) ou des tiers spécialisés (edX, Cousera, etc.). Le choix de ces différentes approches dépendra de la culture de l’établissement, de la disponibilité de ressources spécialisées et des budgets alloués au projet. Avec le grand intérêt pour les CLOM, il s’agit d’un secteur en pleine évolution. Plusieurs nouveaux produits sont en préparation et seront mis en marché dans les prochains mois. C’est à surveiller. Le choix de la stratégie d’acquisition ou de location devra considérer le contexte en fonction du coût total sur la durée de vie prévue du système d’information, mais il est probable que le différence sera peu significative sur la durée.

Le principal coût est dans la préparation des contenus. Il y a d’abord un coût pour réviser le plan de cours d’un cours existant. Cela peut prendre 10 à 20 heures selon le cours. En mode PPC, le créateur de contenu utilisera des outils qu’il a déjà, tel que PowerPoint ou Keynote, en mode d’enregistrement de la présentation. Le coût réel a trait au temps requis. Sur la base de mon expérience personnelle, j’estime environ 2 heures de préparation par heure de présentation, pour un coût autour de 100$ par heure de cours, rémunéré comme des tâches additionnelles. Ainsi un cours de 45 heures aura un coût de production aux environs de 4500$. Étonnamment, un cours F2F filmé pourrait êtreouter moins cher à capturer. C’est moins coûteux car l’enseignant réalise l’enregistrement dans le cadre de sa tâche régulière. Le coût est plutôt relié au besoin d’équipements requis (Caméras, micros, enregistreur vocal, éclairage, etc.). En utilisant des équipements semi-professionnels, suffisant pour obtenir un résultat de qualité HD compatible avec YouTube, un coût d’acquisition de 3000$ est à prévoir si les services audiovisuels de l’établissement n’ont pas ces appareils. Un ordinateur performant, de gros disques durs et un logiciel de montage vidéo sont requis afin de monter les cours. Leur coût variera entre 3000$ et 5000$ selon qu’ on utilise un environnement PC ou Mac, des logiciels inclus (iMovie ou Windows Movie Maker) ou des logiciels professionnels (Final Cut X ou Adobe Première).

Une fois la période de rodage des équipements et des logiciels passée, il faut prévoir au moins une heure de montage par heure de cours à préparer. Cela n’tnclus pas le temps requis pour les rendus et le téléchargement du produit fini. Le rendu consiste à encoder le vidéo en fonction du type de diffusion. Il peut être assez long à faire, par exemple 8 à 12 heures pour un vidéo de 3 heures en format HD 1080p. Cependant, le processus est automatisé et ne nécessite pas de supervision continue. Un cours peut être mis en ligne environ 48 heures après la capture. Ainsi, le coût de préparation d’un cours de type PPT capturé est de 4281$. Celui d’un cours F2F filmé est de 7390$ par cours. Ce prix inclut la création d’un poste de coordination des CLOMs et une répartition des coûts sur 100 cours par an durant 3 ans.

Web PPC VC F2F Hybride
Préparation 3000 2000 1000 5000 4000
Salaires 1500 1500 2000 1500 1500
Coordination 75000 75000 75000 75000 75000
Logiciels 0 100 3000 1000 1000
Équipements 0 1500 300 8000 8000
Serveur 1500 1500 5000 5000 5000
Total (100 cours) 526500 428100 383300 739000 639000
par cours 5 265 $ 4 281 $ 3 833 $ 7 390 $ 6 390 $
À plein régime, il en résulte un coût de production d’un cours entre 38$ à 74$ par étudiants. Il faut y ajouter le salaire d’un enseignant, environ 3000$ au collégial et 7000$ dans une université (au Québec).

Dans un prochain article, je souhaite développer sur le modèle économique qui rend le CLOM viable dans un établissement du Québec.

Référence

Blandin, B. (2004). Historique de la formation «ouverte» et «à distance». Actualité de la
formation permanente, 189, 69-71.

Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, site internet Guide Numérique, http://guidenumerique.ca/?page_id=7 , , accédé le 12 novembre 2013

Gilliot, J.M. (2012) « Les Cours en ligne ouverts et massifs, explication en français par Stephen Downes, blog: Techniques innovantes pour l’enseignement supérieur, http://tipes.wordpress.com/2012/07/18/les-cours-en-ligne-ouverts-et-massifs-explication-en-francais-par-stephen-downes/ Consulté le 30 mars 2013

HEC, Site internet EduLib, https://edulib.hec.ca/portal , accédé le 12 novembre 2013

Karsenti, K. (2013) The MOOC What the research says. RITPU 10(2). Document téléaccessible à l’adresse : <http://www.ritpu.org/IMG/pdf/RITPU_v10_n02_23.pdf>

Kim, S. (2008). Étude des représentations du personnel enseignant à l’égard de ses pratiques d’ordre technologique et pédagogique actuelles et de celles qui pourraient favoriser la mise en œuvre d’un dispositif de formation à distance à l’Institut de Technologie du Cambodge. Thèse de doctorat en éducation*, Université de Sherbrooke, Québec., disponible en ligne: http://guidenumerique.ca/contenus/uploads/2012/03/Definition_de_la_FAD.pdf , accédé le 12 novembre 2013

Moran, L. et Rumble, G. (2004). Vocational Education and Training Through Open and
Distance Learning (p. 1-14). Collection World Review of Distance Education and
Open Learning, vol. 5. London; New York, NY: RoutledgeFalmer.

Saleh, I. et Bouyahi, S. (2004) (dir.). Enseignement ouvert et à distance: épistémologie et
usages. Paris: Hermès Science Publications.

Understanding the MOOC trend, http://blogs.oregonstate.edu/engage/files/2012/12/Understanding-the-MOOC-Trend.pdf