Le cas
Bois St-Laurent: Analyse de risque dans la mise en œuvre du changement
organisationnel.
Adapté de:
Bernoux,
P. (1985), Le cas Rhone-Poulenc textiles, (p.225-236), dans La
sociologie des organisations, Point, Paris
Le cas
s'est présenté dans une scierie (usine de production de bois d’œuvre utilisé
dans la construction résidentielle) créée en 1954 dans la région de La Tuque, en
Mauricie, au Québec (Canada). Dans les années 60-70, elle comprenait de 2 000 à
3 000 salaries, mais la compétition internationale dans un contexte de
globalisation des marchés et les fluctuations de l’économie ont amené une séries
de rationalisations, réduisant le nombre d’ouvriers aux environs de 800 en 1996
dont la majorité sont des ouvriers non qualifiés travaillant en continu (3
quarts de travail de 8 h). L'usine est un établissement d'un grand groupe
industriel, Bois St-Laurent, dont le siège social est situé à Montréal.
Une
organisation taylorienne automatisée
Le
travail de production (équarrissage et coupe) représente l'essentiel du travail
dans l'usine et demande peu de qualification. Le travail consiste au
déchargement des camions et chargement des billes de bois sur un convoyeur. Dans
l’usine le travail consiste au nettoyage et lancement de machines, relance en
cas d'arrêt, changement d'organes usés et réparation de pannes, contrôle de
divers processus. Par la suite les produits finis sont assemblés sur des
palettes et chargés sur des camions pour être expédiés à un centre de
distribution. Dans l’usine le travail peu qualifié se fait dans une ambiance
chaude, à degré d'humidité constant, bruyante et au rythme du travail en
continu.
L'organisation du travail était d'un modèle très taylorien. La tâche avait été
décomposée en un maximum de fonctions différentes, le processus de fabrication,
fractionné, des modes opératoires minutieux et contraignants avaient été mis au
point. Chaque étape de la production étant organisée en atelier, dirigé par un
superviseur. Le rôle des superviseurs était devenu surtout de surveillance de
l’application des processus et modes opératoires dans leur atelier. Ils avaient
à leur disposition un ensemble de mesures répressives possibles, en particulier
une prime amputable en cas de non-respect des consignes ou des objectifs de
production.
Durant
les années de mise en place de ce système (1990-1996), l'usine dériva vers une
situation de plus en plus conflictuelle, en particulier par la dégradation des
relations superviseurs-ouvriers.
Une des
sources de conflit étant la répartition du travail et la mesure de la quantité à
produire, on imagina en 1996 d'informatiser le maximum de données concernant ces
deux domaines. Un mini-ordinateur central
(IBM AS400) calculait la répartition
théorique optimale et on l'imposait aux ouvriers. Un système d’information (SGBDR
Oracle) fut créé sur mesure par la firme de consultant en informatique ILS. À
chaque prise de poste, chaque ouvrier recevait une fiche lui indiquant avec
beaucoup de précision l'endroit ou il devait aller, l’opération à effectuer et
le temps alloué. Les superviseurs disposaient du double de ces fiches et
devaient vérifier le respect des consignes contenues sur la fiche. Les fiches
étaient ensuite acheminées à des techniciens en administration pour intégration
manuelle au système d’information.
Cette
informatisation accéléra et accentua la dégradation des rapports avec les
ouvriers. La fonction de contrôle des superviseurs se renforçait en même temps
qu'ils perdaient celle d'organisation et de technique. L'ouvrier perdait toute
autonomie; il ne pouvait plus prendre de l'avance ou du retard. En arrivant
prendre son poste, il ne savait pas à quel moment on lui accorderait son temps
de repas, une plage de quatre heures était prévue pour le faire. Il se sentait
de plus en plus contrôlé, menacé de sanctions, en particulier sur la prime. Le
taux et l’intensité des conflits augmentèrent en même temps que la situation
économique, sans être mauvaise, se faisait menaçante. La direction se mit à
chercher un autre type d'organisation.
L'introduction du changement
C'est
donc une tension très grande qui déclencha le changement. Mais que fallait-il
faire ? Le souhait était celui d'une politique plus humaine pour apaiser les
conflits. En 2004 débuta une augmentation imprévue des taux de changes dans un
contexte économique que l'on croyait maîtriser - une mutation à la direction
générale du groupe, puis à celle de l'usine. Par la suite survint une crise
majeure dans son secteur d’activité, la crise du bois d’œuvre, qui amena la
fermeture temporaire de l’usine de la fin novembre 2005 à mai 2006. En mai 2006
elle fut achetée par un grand groupe forestier Suédois: SWP (Sweeden Wood
Products).
Suite à l'achat, en mai
2006, on donna le pouvoir à une nouvelle équipe de direction sous la gouverne
d’un Directeur Général provenant de SWP (Suède), ouverte à des solutions innovatrices,
sans pouvoir définir sa mission autrement qu'en lui demandant de changer le
climat, et en lui donnant des moyens pour le faire. Le contrôle de l'usine avait
été perdu par l'ancienne direction et presque autant par les syndicats, qui ne
maîtrisaient pas les nombreuses grèves spontanés, il fallait faire quelque chose
pour le retrouver.
Qu'est-ce qui a
été fait ?
Il
y eut
des tensions entre cadres eux-mêmes, certains qui étaient en place avant
l’arrivée de la nouvelle direction préconisaient le renforcement du système
hiérarchique autoritaire antérieur alors que les nouveaux souhaitaient une
révision en profondeur et la modernisation des technologies en place. Cependant, avec l’aide d'un expert-conseil en gestion et
parce qu'une expérience de ce type avait déjà eu lieu dans une usine du groupe
SWP, on s'orienta progressivement vers l'idée de groupes semi autonomes.
II y eut
d'abord une opération de formation, d'abord avec les superviseurs, puis de
l'ensembles des ouvriers. Son but était de provoquer une
réflexion sur la situation de l'usine, sur ses causes, de sensibiliser cadres et
maîtrise è l'idée d'un changement par l'ouverture d'un dialogue à tous les
niveaux. Pour les ouvriers, on fit des rencontres, ou des responsables
de tous les services de l'usine venaient présenter leur activité et assistaient
à une présentation d'experts-conseil sur les nouvelles structures de gestion et
l'empowerment.
Puis on
annonça l'introduction partielle d'une réorganisation dans le sens d'une plus
grande autonomie. On commença par un atelier, le plus difficile du point de vue
du commandement, celui ou éclataient le plus souvent des conflits, la plupart du
temps sur des incidents mineurs. Selon les superviseurs, pour des raisons
'historiques' il se trouve dans cet atelier, des individus clés ayant une
influence sur l'ensemble des ouvriers de l'usine. La direction profita de la relance de l’usine
et du début anticipé de la production. Elle dota le groupe d'un budget et
assigna des experts-conseil afin de faciliter la transition. Avec l'aide
d'experts en communications de gestion, une formation additionnelle fut données
afin d'expliquer le changement et permettre la prise de possession du projet par
les individus clés. Elle proposa alors, sans obliger
personne, mais avec un très gros effort de persuasion, le passage à la nouvelle
organisation. Celui-ci s'accompagnait d'une refonte de la qualification, les
travailleurs en groupes semi autonomes bénéficiant d'une légère augmentation des
salaires et d’une participation aux bénéfices.
La
nouvelle organisation se caractérisait par l’attribution d'une plus grande
autonomie pour les ouvriers dans la plupart des domaines. Une partie du travail
était attribuée à un groupe d’ouvriers avec mission de le faire selon les plans
de production, mais en s'organisant eux-mêmes. L'encadrement proposait une sorte
de contrat aux groupes autonomes. Ces groupes, de quatre à six personnes,
devaient prendre en charge l'ensemble des tâches dans leur atelier.
Finalement en septembre 2006, il fut décidé de réviser en profondeur le système
d’information pour mettre en place un système intégré de gestion d’entreprise
relié au système de gestion central SAP, situé en Suède. En préparation à la
mise en œuvre de ce projet, Bois St-Laurent souhaite faire appel à un
expert-conseil en gestion de risque, vous.
Individus disponible pour participer à une
analyse de risque
Directeur de l'usine
Responsable de l'informatique
Représentant des superviseurs
Mission de l'organisation
Usine de production
de bois d’œuvre utilisé dans la construction résidentielle.
Enjeux
-
Relier l'usine
au système de gestion central SAP de SWP, situé en Suède.
-
Mettre en
oeuvre des solutions novatrices dont un tableau de bord pour les ouvriers
qui affiche les données de production relative au poste en temps réel avec
l'aide de capteurs.
-
Améliorer le
climat de travail, réduire et éliminer les nombreuses grèves spontanés par l’attribution d'une plus grande
autonomie pour les ouvriers par
des contrat de service (Service Level Agreement ou SLA) aux groupes autonomes de quatre à six personnes
en charge l'ensemble des tâches dans leur atelier.
Changement technologique
Environnement technologique actuel:
-
mini-ordinateur central (IBM AS400)
-
système d’information
créé sur mesure par la firme de consultant en informatique ILS
-
Cinq postes de travail (PC) des techniciens en administration
pour l'intégration des données au système d’information
-
Imprimante pour les rapports
-
SGBDR
Oracle
Environnement technologique
envisagé:
système intégré de gestion d’entreprise relié au système de
gestion central SAP, situé en Suède (Projet SIGES)
-
Serveur SUN
Microsystems Sun Fire E20K
-
Unité de stokage
Sun Microsystem Sun Storage Tek 9900
-
100 postes
de travail en usine (adaptés pour usage en usine)
-
10 postes de travail
(Windows - Intel) pour les
gestionnaires
-
imprimantes
pour les rapports
-
Réseau local 100-baseT commuté
à haut débit
-
Réseau local sur
fibre optique en usine
-
Réseau privé virtuel (RPV) avec
la Suède via Internet
-
système
intégré de gestion d'entreprise
SAP relié par RPV avec la Suède
Changements aux
processus d'affaires
Processus visés (actuels):
-
À
chaque prise de poste, chaque ouvrier reçoit une fiche lui indiquant avec
beaucoup de précision l'endroit ou il devait aller, l’opération à effectuer et
le temps alloué.
-
Les superviseurs disposent du double de ces fiches et
doivent vérifier le respect des consignes contenues sur la fiche durant les
quarts.
-
À
la fin de chaque quart de travail les fiches
sont acheminées à des techniciens en administration pour intégration
manuelle au système d’information.
-
Les gestionnaires utilisent des
rapports de production pour s'assurer de la bonne marche de
l'entreprise.
Processus
refondus proposés:
-
À
chaque prise de poste, chaque ouvrier s'identifie à son poste de
travail automatisé (login) et voit s'afficher sur l'écran une fiche
(virtuelle et électronique) lui indiquant avec
beaucoup de précision l’opération à effectuer et
le temps alloué. Au fil de la journée un tableau de bord affiche les
données de production relative au poste en temps réel avec
l'aide de capteurs. À la fin de son quart de travail ou lors de
pause, l'ouvrier s'identifie (log out).
-
Les superviseurs disposent d'un
tableau de bord qui affiche les donnés provenant de chacun des
postes des ouvriers en temps réel. Ils doivent vérifier le respect des consignes
mais bénéficie d'alarmes automatisés intégrés au tableau de
bord.
-
Les gestionnaires utilisent des
tableau de bord pour s'assurer de la bonne marche de
l'entreprise.
Budget du projet
de changement
-
Équipements :
500 000$
-
Câblage et
infrastructure: 100 000$
-
Contrats de
service des équipements: 50 000$ par année dès la seconde année
-
Logiciels : 150
000$ + frais récurrents 15 000$ par année
-
Configuration et
conversion des données: 150 000$
-
Formation : 50
000$
-
Services
conseils : 350 000$
-
Frais
d'installation des équipements: 200 000$
-
Contingences de
projet (10%) : 150 000$
Contraintes
Les contraintes d'ordre politique
-
L'usine fait maintenant parti d'un grand groupe
Suédois et dois adopter les politiques organisationnelles issues
de SWP.
-
nouvelle équipe de direction sous
la gouverne d’un Directeur Général provenant de SWP (Suède),
ouverte à des solutions innovatrices
Les contraintes territoriales
- Une seule
usine dans la région de La Tuque, en Mauricie, au Québec
(Canada).
- L'usine est un
établissement d'un grand groupe industriel, Bois St-Laurent,
dont le siège social est situé à Montréal.
Les contraintes conjoncturelles
-
la compétition
internationale dans un contexte de globalisation des marchés
-
les fluctuations
de l’économie, en particulier dans le secteur
Les contraintes structurelles
Les contraintes fonctionnelles
Les contraintes relatives au personnel
Les contraintes d'ordre calendaire
Les contraintes d'ordre budgétaire
Les contraintes d'ordre culturel
-
Dans les années 60-70, elle comprenait de 2 000 à
3 000 salaries, mais ont amené une séries
de rationalisations, réduisant le nombre d’ouvriers aux environs de 800 en 1996
dont la majorité sont des ouvriers non qualifiés travaillant en continu (3
quarts de travail de 8 h).
-
Chaque étape de la production étant organisée en atelier, dirigé par un
superviseur.
Schéma du SI: Projet
SIGES

Bibliographie
Bernoux,
P. (1985), Le cas Rhone-Poulenc textiles, (p.225-236), dans La
sociologie des organisations, Point, Paris
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